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Lettre
de la Reine Mere à M. de Brèves du 1 Juin 1610.
Monsieur de Brèves, vos lettres du trentiéme du mois passé sont
arrivées trois jours devant celles du vingt-septiéme, ainsi que
vous aviez bien prédit, qui étoit le quatriéme du présent, par
lesquelles Monsieur mon fils & moi avons reçu consolation non
médiocre, en l'affliction & angoisse auxquelles nous nous trouvons,
de la part que le Pape vous a témoigne de parole & de larmes, tant
en public qu'en privé, avoir voulu pendre avec vous de notre
déplaisir, comme aussi de la peine que Sa Sainteté a prise d'exciter
à douleur le Sacré Consistoire des Cardinaux, tant par son
exemple, que par la représentation des vertus héroiques & qualités
aussi véritables que singulieres, qui se trouvoient en la personne
du seu Roi mon Seigneur (que Dieu absolve). En quoi elle a
manifesté, nom-íeulement son affection paternelle envers le Défunt,
comme à l'endroit de nous & de cette Couronne; mais a rendu preuve
très-signalée de sa prudence & de son jugement aussi solide,
reconnoissant bien que la sage conduite du seu Roi mon Seigneur
conjoint avec sa piété, étoient instruments propres pour soutenir
& défendre l'autorité & dignité du Saint Siege, comme sa
magnanimité, réputation & puissance à conserver & entretenir le
repos général de la Chrétienté. De quoi vous remercierez sadite
Sainteté au nom de mondit Sieur & Fils, & au miem, & de ce qu'elle
a trouvé bon que par delá il fût publiquement rendu honneur au seu
Roi mondit Seigneur, tant pour l'Oraison funebre qui a été
prononcée, que par les autres démonstration dont elle a été
accompagnée, & des Brefs q'elle a envoyés à se Nonces, pour être
distribués deçà à ceux qu'elle a estimé pouvoir servir à la
manutention de la grandeur & du repos de ce Royaume: signé
très-évident, outre ce qu'elle en a déclaré de bouche, du zéle &
bonne volonté qu'elle porte à cet Etat, & du soin qu'elle desire
en prendre à l'avenir. A quoi vous la consorterez au occasions,
tant pour les raisons qui concernent le public, lesquelles la
convient d'en user ainsi, comme pour la considération de son
intérêt & de celui du Saint Siege; lassurant dereches, que je
mettrai telle peine d'élever mondit Sieur & Fils en l'observance
qui est dûe à sa Béatitude, & au respect qui convient être rendu
au Saint Siege Apostolique, duquel j'espere, suivant les bonnes
intentions du Pere, & imitant ses conseils & délibérations, aussi
pieux que prudens, que sa Sainteté avec la Religion en recevront
un jour de l'avantage & contetement. Je vous sçai aussi bon gré de
la sollicitude, avec laquelle vous vons êtes employé en cette
triste occurence, digne de l'afection que vous avez toujours
témoignée au bénefice des affaires du seu Roi mondit Seigneur,
dont m'a rendu Comte le sieur de Longueville, ensemble des autres
particularités, desquelles vous l'avez chargé. Aussi en ce qui s'ossrita
& poursuivra par deçà pour votre bien & contentement, j'aurai à
plaisir de le reconnôitre, & vous faire sentir l'estime que je
fais de ceux qui servent avec les parties que vous y apportez.
Continuez seulement, asseuré que mondit Sieur & Fils & moi aurons
souvenance de vos services. Signé. Marie. |
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